2018 log (9)

(3 Sept) RoboCop (1987, Paul Verhoeven)
[ Ça commence avec des tonnes d’exposition, mais grâce à des concepts de sci-fi visionnaires, une solide dose de satire et une caméra fluide, ça passe super bien. Puis quand on arrive aux scènes d’action, c’est d’une rare intensité! C’est comme si Verhoeven avait regardé le cinéma d’action hollywoodien des années 80 et s’était dit, ça manque de gore! Et surtout, il y a RoboCop, personnage emblématique au design inspiré et à la fragile humanité, avec son PTSD, ses bribes de souvenirs, ses directives… Un genre de monstre de Frankenstein en acier. J’adore aussi les ED-209 en stop-motion. Et que dire de la musique épique de Basil Poledouris! ]

(6 Sept) Smokey and the Bandit (1977, Hal Needham)
[ “Old legends never die.” J’ai toujours eu de l’affection pour Burt Reynolds, mais je n’avais jamais vu ce classique, qui offre la plus pure essence de sa personnalité à l’écran. Le Bandit est infiniment viril, macho, charismatique, et tellement drôle! Et quel incroyable film de chars! C’est juste une longue poursuite, comme une version redneck de Mad Max: Fury Road – avec Sally Field en Furiosa! Mention spéciale au glorieux cabotinage de Jackie Gleason en Shérif Buford T. Justice AKA Smokey! Et aux tounes de Jerry Reed! ]

(8 Sept) Rocky Balboa (2006, Sylvester Stallone)
[ En apprenant que Sylvester Stallone, 60 ans bien sonnés, enfilerait à nouveau les gants de boxe de son plus mythique personnage, on s’attendait à ce que ce sixième épisode des aventures de l’étalon italien soit ridicule, ce qu’il est un peu. On s’attendait à ce que le film carbure à la nostalgie, ce qui est résolument le cas. Ce à quoi on ne s’attendait pas, c’était à ce que Rocky Balboa soit un film aussi sincère et touchant.

À plusieurs reprises, Rocky affirme avec conviction que l’important n’est pas la force avec laquelle un homme peut frapper, mais plutôt sa capacité à encaisser les coups et à continuer d’avancer. Une philosophie simple, certes, mais qui touche inévitablement une corde sensible chez les spectateurs qui ont fait de cette série un tel succès populaire. Car au final, ce ne sont pas tant des films de boxe qu’un éloge continu à la ténacité et à la détermination.

Cet esprit a été quelque peu noyé dans la testostérone débordante de certaines des suites, mais Rocky Balboa est un retour aux sources de ce qui fait que le personnage a autant marqué l’imaginaire collectif. Là où l’original était à propos d’un apparent bon à rien qui voulait une chance de prouver sa valeur, ce dernier film nous présente un has been qui désire montrer qu’il a encore du coeur au ventre. Sa bien-aimée Adrian étant décédée et son fils le repoussant parce qu’il en a assez de vivre dans son ombre, Rocky n’a plus rien à perdre. Il veut retourner sur le ring non pas dans l’espoir absurde de redevenir le champion du monde, mais seulement parce que la boxe a toujours été sa façon de purger sa colère et sa frustration.

Parallèlement, on sent que Stallone, qui a aussi scénarisé et réalisé le film, poursuit une quête semblable. Lui-même semble conscient que ses jours de gloire sont passés et que plus personne ne croit vraiment en lui, mais avec Rocky Balboa, clairement un film personnel, il prouve qu’il est toujours debout et prêt à affronter les projecteurs, au risque de se casser la gueule. Il faut au moins admirer cela, malgré les quelques maladresses du film. Sans oublier le plaisir inépuisable de voir Rocky s’entraîner dans un montage au rythme du classique thème de Bill Conti! ]

(9 Sept) To All the Boys I’ve Loved Before (2018, Susan Johnson)
[ Je n’ai rien contre les films d’ados ou les comédies romantiques, et je comprends l’importance de la diversité et de la représentation, mais j’ai trouvé cette production de Netflix conventionnelle, gnangnan, laborieuse… On est loin de John Hughes. ]

(13 Sept) The Predator (2018, Shane Black)
[ Extra Beurre ]

(15 Sept) Flesh + Blood (1985 Paul Verhoeven)
[ Un film d’aventures proprement épique (la photo de Jan de Bont! la musique de Basil Poledouris!), mais salement violent et vulgaire – un peu comme un Game of Thrones avant l’heure. Verhoeven est un magnifique pervers sadique qui se régale de la brutalité et de la débauche de l’Europe en 1501, ce qui est évidemment #problematic en 2018, mais ça reflète probablement les horreurs du Moyen ge. La guerre, la folie, la peste… La relation entre Rutger Hauer et Jennifer Jason Leigh est l’affaire la plus malsaine que j’ai vue depuis longtemps. ]

(17 Sept) Fahrenheit 11/9 (2018 Michael Moore)
[ Extra Beurre ]

(17 Sept) Dave Chappelle’s Block Party (2006, Michel Gondry)
[ En 1972, un concert-bénéfice réunissant Richard Pryor et les stars du légendaire label soul Stax est organisé pour commémorer les émeutes de Watts. Le tout est immortalisé dans le film Wattstax, curieusement réalisé par Mel Stuart, surtout réputé pour Willy Wonka & the Chocolate Factory. Une trentaine d’années plus tard, l’histoire se répète avec un spectacle gratuit de l’humoriste Dave Chappelle et de la crème du hip-hop moderne, de The Roots à Mos Def et Common. Le cinéaste incongru est cette fois Michel Gondry.

Le film entrecoupe les performances électrisantes sur scène avec les préparatifs des jours précédents. On voit Chappelle se promener à travers la petite ville d’Ohio où il habite et distribuer des billets dorés (comme Willy Wonka, justement) pour son block party. Il invite même tout l’orchestre de l’université locale à l’accompagner à New York pour jouer aux côtés de Kanye West! Le comédien arpente aussi les environs de la rue de Brooklyn où se tiendra la fête, interagissant avec les gens qu’il rencontre sans jamais perdre son irrévérence habituelle, même quand il visite des enfants dans une garderie.

Chappelle décrit l’événement comme le concert qu’il a toujours voulu voir, avec seulement des artistes talentueux et intègres, qui ont quelque chose à dire et qui demeurent intimement liés à leur communauté – des rappeurs engagés comme Dead Prez et Talib Kweli, qui abordent les relations raciales et la politique dans leurs chansons. Les femmes sont aussi au rendez-vous avec Jill Scott, Erykah Badu ainsi que Lauryn Hill, qui a réuni les Fugees pour la première fois en sept ans.

Gondry filme le spectacle avec peu d’artifices, s’effaçant pour mettre l’accent sur les personnes à l’écran plutôt que sur des effets de style superflus. Les images ne sont pas léchées comme celles d’un vidéoclip et le mix sonore n’est pas parfait, mais cela ajoute au caractère spontané de l’entreprise, comme une fête de quartier capturée de justesse par quelques caméras. Dave Chappelle’s Block Party est un film qui déborde de musique formidable, de moments hilarants et d’énergie positive. Même ceux qui croient ne pas aimer le rap risquent de sortir du film avec le sourire. ]

(19 Sept) The Endless (2018, Moorhead & Benson)
[ Moorhead & Benson prouvent une fois de plus qu’un film indépendant avec un budget limité peut être plus riche et fascinant qu’une mégaproduction. Tout commence avec un scénario inspiré, des grandes métaphores aux petits détails, alors que deux frères retournent visiter la secte/microbrasserie qu’ils ont quittée il y a 10 ans. Puis il y a l’ingénieuse réalisation qui multiplie les moments atmosphériques, tendus, amusants, étranges, troublants… Jusqu’à la fabuleuse finale. ]

(21 Sept) La Grande Noirceur (2018, Maxime Giroux)
[ À plus petite échelle, c’est un peu comme le There Will Be Blood de Maxime Giroux : une vision profondément sombre de l’Amérique, alternant les grands espaces et les huis clos. Le motif récurrent est l’extraordinaire Martin Dubreuil en imitateur de Charlie Chaplin fuyant la conscription qui se réveille dans une série de situations déstabilisantes. Après un premier visionnement, on retient les sublimes images de Sara Mishara, la musique évocatrice d’Olivier Alary, un numéro musical formidablement anachronique, et le bonheur apparent de Giroux et son équipe réduite de faire du cinéma sans compromis artistiques. ]

(22 Sept) The Hitcher (1986, Robert Harmon)
[ Un bon petit thriller de série B élevé par la performance de Rutger Hauer en pouceux psychopathe. Ça fait penser un peu à The Terminator sans la sci-fi et sans la maîtrise de Cameron, mais avec quand même de solides scènes d’action. ]